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Lettre d'opinion de la FQOCF - Un filet social tissé serré, mais trop souvent invisible

 

Montréal, 19 novembre 2020 – Le sondage récemment publié par l’Observatoire des tout-petits devrait avoir l’effet d’une douche glacée auprès des décideurs, acteurs gouvernementaux, médias et alliés des familles. La situation des parents et des familles québécoises en temps de pandémie est réellement préoccupante.  

Le stress grandit, l’entourage rétrécit

Ce sondage met notamment en lumière l’augmentation considérable du stress des parents du Québec, peu importe leur âge, revenu ou niveau d’éducation. Plus de 50 % des répondants ont affirmé que leur niveau de stress lié à la COVID-19 est élevé. Ce taux atteint près de 70 % pour les parents ayant les revenus les plus faibles (moins de 40 000 $/année).

Les parents de jeunes enfants sont majoritairement touchés par le stress lié au paiement de factures ou à celui de « boucler la fin du mois » (27 % à 36 %). Les résultats montent à 62% chez les parents déclarant les revenus les plus bas.

Autre donnée inquiétante, 73 % de tous les sondés affirment être stressés par le fait qu’ils ne puissent pas voir les membres de leur entourage. Ce taux se situe à 78 % pour les parents d’enfants de moins de 12 mois.

Si le stress croît pour tous, la possibilité d’obtenir du soutien de son entourage a réellement et drastiquement rétréci. 43 % des parents sondés ont affirmé ne plus pouvoir compter sur leur entourage pour les soutenir. Ajoutés à ceux ayant déclaré n’avoir jamais de support de leur entourage, c’est près de 60 % des parents qui se retrouvent seuls. Pas étonnant que les pères et les mères déclarent à près de 70 % qu’il est plus difficile d’être parent actuellement qu’avant la pandémie.

Il est crucial de prendre compte collectivement de cette réalité alarmante. Elle se vit dans toutes les régions du Québec et doit impérativement être abordée par les décideurs et acteurs gouvernementaux.

Au moins, il y a le filet social… ou pas

Malgré les données préoccupantes énoncées précédemment, le résultat le plus fâcheux de ce sondage concerne l’accessibilité aux différentes organisations : institutionnelles, communautaires ou parapublics. En effet, près de 80 % des parents n’ont utilisé aucun service au cours des derniers mois de la pandémie. Seulement 9 % ont été aidés par un professionnel de la santé ou des services sociaux. Moins de 5 % disent avoir utilisé un service de soutien en ligne ou téléphonique (Info-Social, LigneParents) ou avoir été soutenus par des ressources en milieu de garde ou à l’école de leurs enfants. Plus décevant encore, étant donné la force du réseau communautaire au Québec, seulement 1 % se sont rendus dans un organisme communautaire.

Il n’est pas question ici de dénoncer l’immobilisme des principaux concernés ou du gouvernement. De grands investissements, à coup de millions, sont annoncés pour nombres d’initiatives essentielles. Le gouvernement agit ; il débloque régulièrement les fonds nécessaires à l’augmentation de la capacité d’accueil et de services de ces organisations constituant notre filet social collectif. Leur volonté d’accompagner la population dans les moments difficiles est sincère.

Même si des investissements supplémentaires dans ce filet social demeurent encore à faire, il faut pour le moment se rendre à l’évidence : une forte majorité de familles du Québec ne sollicitent pas les différents services et ressources mis à leur disposition, pour répondre à leurs besoins. Avec de tels résultats au sondage de l’Observatoire des tout-petits, des questions doivent être posées. Les décideurs, les acteurs gouvernementaux et les organisations doivent tenter de mieux comprendre cette faible utilisation des services, encore plus en temps de crise.

Agir pour pouvoir agir

Est-ce que ces organismes sont connus de leurs possibles bénéficiaires? Sont-ils bien présentés et expliqués au grand public? Sont-ils (suffisamment) financés en ce qui a trait à leur publicisation ? Qui participe à les faire connaître? De nombreuses recherches ont démontré l’impact positif et l’importance de ces organismes qui composent notre filet social, mais qu’en est-il de l’accessibilité des services et des initiatives en cours?

Poser ces questions, c’est y répondre…

Nous devons relever ce défi, tous ensemble. On se doit de mieux faire connaître ces organisations sociales et communautaires à la population en général. Il est tout aussi urgent de mettre en commun nos ressources pour déconstruire les barrières et les idées reçues de trop nombreuses personnes quant à ces services offerts à la population québécoise.

Les décideurs doivent revoir leur façon de penser la mise en place des services financés en incluant des sommes pour la publicisation des ressources. Les influenceurs et les médias doivent participer à démystifier le soutien qu’apportent ces organismes à toutes les personnes qui le demandent. Il est temps de faire tomber les tabous concernant les demandes d’aide : tout le monde peut et a le droit de demander de l’aide.

Chaque organisme doit (encore) faire preuve de créativité. Les institutions et les organismes communautaires doivent agir concrètement pour se développer en interrelation. Plusieurs communautés sont inspirantes en ce sens et peuvent donner l’exemple, il faut que cela devienne la norme. Il faut aller plus loin et solidifier ces collaborations.

En ce temps de pandémie, avec des niveaux de stress populationnel qui pourraient avoir un impact négatif à moyen et possiblement à long terme, nous avons tous la responsabilité d’agir. Citoyens, décideurs, organismes, médias et influenceurs en tout genre, faisons en sorte que notre filet social puisse servir à sa juste valeur. Il s’agit d’une grande richesse collective, personne n’est à l’abri de périodes de déséquilibre. Il n’est pas nécessaire de se retrouver dans des situations qui peuvent sembler insurmontables pour demander de l’aide ou pour franchir les portes des organisations sociales et communautaires.

Au plaisir de s’y croiser, entre parents qui recherchons tous la même chose : le mieux-être de nos familles!

 

Fédération québécoise des organismes communautaires Famille

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